Organiser le temps scolaire

« Le temps de la pédagogie » : le temps est une ressource déterminante du pilotage pédagogique : pour quels objectifs ? quels leviers ? quels impacts ? quels obstacles ?

« Construire du temps ? » : des exemples de mise en oeuvre dans différents établissements.

Le temps de la pédagogie

Les bonnes approches pour aborder la question des temps scolaires :

  1. Nécessité de repérer les objectifs pédagogiques qui impliquent des dispositifs avec une utilisation différenciée du temps,
  2. Quelles variabilités peut-on installer dans le système ?
  3. Quels seront les impacts sur l’EPL ?
  4. Quelles limites, quels obstacles ?

 1. Objets pédagogiques stratégiques requérant une organisation temporelle différente

  • Globalement, construire des apprentissages chez les élèves devrait impliquer une reconnaissance et une prise en compte des variations dans les profils d’apprentissage. Certains d’entre nous réussissent avec une utilisation massée du temps d’activité (temps long, sans interruption) ou une utilisation segmentée (temps brefs, pauses, changements d’activité). C’est un des domaines de différenciation.
  • On constate également une grande variabilité dans les seuils d’acquisition, ce qui justifierait
    • qu’on évalue et qu’on certifie à des moments différents,
    • qu’on organise des parcours de certification sur des durées différentes pour un même diplôme (ex : bac pro en 2, 3, 4 ans…)
  • L’acquisition de compétences au travers de dispositifs transversaux (pluridisciplinarité, EIE, MIL, MAP …) mobilise du temps différent si l’on veut échapper à la fragmentation et à l’incohérence.

2. Quelles variabilités ?

  •  Variabilité de la séquence d’apprentissage : selon l’objectif, nous aurons besoin de temps brefs (rappel, transfert) ou de temps plus longs (imprégnation, élaboration de concepts…). On peut alors partir d’une unité de base et la multiplier autant que nécessaire.

On peut également agir sur l’unité de base : réduire les séquences horaires de 5 ou 10 minutes. Définir comme base de la séquence 50 ou 45 minutes permet de récupérer dans chaque discipline une quantité de temps que l’on peut dédier à des modalités différentes d’accompagnement des élèves (cf « apprendre à sa mesure », réseau insertion, DGER 2010)

  • Banalisation de créneaux pour placer des activités consommant le temps autrement : séquences longues, regroupements d’élèves sur des critères plus homogènes ou au contraire sur des projets (journées ou demi-journées ou semaines « blanches »)
  • Amplitude de la semaine. C’est à la fois une ressource et une contrainte. Plus la semaine est dense (début retardé au lundi milieu de matinée, fin avancée au début du vendredi après-midi) plus il faut s’interroger sur les effets de cette densité sur le climat d’établissement. Les élèves ont besoin d’alterner temps contraints et temps choisis sous peine d’indisponibilité cognitive. Les personnels ont besoin d’alterner présence auprès des élèves et travail collégial. Tout le monde a par ailleurs besoin de respirer…
  • Amplitude de la journée. Les compétences attendues chez les élèves se construisent à partir de situations d’apprentissage et d’expériences qui permettent d’accéder à l’initiative et à la responsabilité ; pour cela il est nécessaire qu’il y ait des plages dévolues aux activités associatives, sportives, culturelles et une alternance entre les moments collectifs et les moments personnels. Le foyer socio-éducatif, les salles de sport, l’internat se vivent sur des temps différents des temps scolaires et doivent avoir leur place. Le travail personnel des élèves mérite aussi de se voir attribuer des temps et des lieux gérés en autonomie et en responsabilité. Pour que les journées permettent cette différenciation, il est évidemment souhaitable que la semaine ne soit pas trop courte, sinon seuls les créneaux de cours sont possibles.
  • A l’échelle de l’année, l’articulation des temps d’apprentissage et des temps d’évaluation doit également être réfléchie en fonction des observations des équipes sur les seuils d’acquisition et sur les situations d’apprentissage choisies pour construire les compétences et les certifier. Le trimestre est-il le pas de temps le plus pertinent pour les bilans (conseils de classe) ? Quel type d’évaluation rend le mieux compte des acquisitions ?  La semestrialisation, à l’œuvre en BTS, présente sans doute des avantages ; on peut communiquer sur les résultats des élèves en continu en deçà/au-delà des fameux rituels des conseils de classe.

3. Impacts sur l’EPL

  •  L’activité réelle des élèves est un changement de paradigme important ; la posture enseignante est profondément changée. Médiateurs vers les savoirs plus que transmetteurs, les enseignants voient se renforcer leur devoir d’ingénierie, leur expertise dans le repérage des stratégies d’apprentissage. La variabilité du temps et des approches pédagogiques implique également des mutualisations d’outils didactiques, des réflexions collectives pour alimenter cette diversité.
  • La technicité de l’organisation grâce aux outils informatique est mobilisée
    • pour la variabilité des emplois du temps,
    • pour la variabilité des regroupements d’élèves
    • pour l’utilisation optimale des espaces pédagogiques et éducatifs
  •  Les choix sont de nature politique (orientations, valeurs et mobilisation de ressources) et doivent être négociés puis validés et garantis par les instances.
  • L’équipe de direction (de pilotage) doit en permanence être en veille sur les effets des fonctionnements différents. Le partage réel d’informations, le partage des diagnostics, de la stratégie nécessite temps et communication adaptés et sans doute moins ritualisés que les réunions de direction actuelle.

4. Limites, obstacles

  • Les regroupements différents d’élèves (en particulier la constitution de groupes homogènes) peuvent toujours être détournés au nom de la rationalisation. Attention à la manière dont les gestionnaires de moyens et la tutelle financière s’en saisissent !
  • La détermination de l’amplitude de la semaine et en particulier sa diminution, est souvent le résultat d’une contrainte économique (diminuer les coûts de viabilisation, d’hébergement et de restauration), non d’une recherche de cohérence pédagogique qui doit rester prioritaire.
  • Certains choix éducatifs, comme l’utilisation du mercredi après-midi pour les cours, peuvent être dictés par des prises de position très discutables telles que l’évitement des temps vides pour les élèves propices aux addictions. On peut le lire comme un abandon de la mission éducative.
  • La modularité du temps, des lieux et des groupements d’élèves génère du débat sur les priorités individuelles et collectives. Le maintien d’un climat favorable de la qualité du travail pour tous les acteurs de l’établissement nécessite des arbitrages et une communication fine sur les décisions prises.
  • La montée en puissance, ces dernières années, des outils de gestion des collectivités qui financent l’enseignement fait peser sur l’apprentissage et la formation continue des rigidités liées à une forme de gouvernance « serrée ». L’enseignement scolaire est également soumis à des contraintes par le biais des seuils de recrutement qui ont un impact non négligeable sur la souplesse organisationnelle souhaitable.

Ressources

  • Exemple de calendrier scolaire {ods}
  • Exemple de planning de stage{ods}

Construire du temps ?

 

Le cadre temporel est souvent vécu comme une contrainte, moins souvent comme une ressource à gérer dans le cadre de l’autonomie pédagogique de l’établissement.

Les opérations pilotes ont montré que le temps n’apparaît plus comme une contrainte intangible, mais comme une variable au service d’un projet :
  • des établissements ont démontré que le cadre temporel pouvait être rendu plus flexible, plus adapté aux besoins des jeunes :
    • la récupération des heures perdues,
    • la production de temps supplémentaires par la ponction sur les heures de cours :
      • soit diminution de la durée de l’heure de cours (qui s’impose à tous),
      • soit diminution d’un certain pourcentage du volume horaire des disciplines (qui peut ne pas concerner toutes les disciplines),
    • La mobilisation de plages hebdomadaires et/ou ponctuelles (mini-stages) dédiées à des activités nouvelles, en sus des dispositifs obligatoires,
    • des situations d’apprentissage conçues sur l’ensemble du cycle…
  • pour mémoire, la grille horaire est une indication : elle n’a pas de réalité effective (avec les jours fériés, les impondérables divers, les stages…). En revanche, le volume total des enseignements, lui, a valeur obligatoire.
Ainsi, les évolutions du cadre temporel ne valent pas pour elles-mêmes, mais pour les nouvelles perspectives qu’elles rendent possibles.
Une question importante est donc : des marges importantes peuvent être trouvées dans la gestion des temps scolaires, certes, mais pour quel projet ?
À propos des activités conduites dans ces espaces prescrits ou produits par l’organisation pédagogique :
  • Elles sont nécessairement conduites en réponse à des besoins identifiés et partagés par l’équipe, sur la base d’un positionnement qui porte sur l’ensemble des compétences (pas seulement scolaires) que l’équipe souhaite valoriser.
  • L’équipe doit repérer l’ensemble des situations d’apprentissage que vivent les jeunes dans leur parcours, d’abord dans l’espace de l’établissement (portées par la vie scolaire, la vie associative, l’exploitation, le CDI…), mais aussi en dehors de l’établissement, pour les prendre en compte dans le projet pédagogique. Une bonne question de départ : comment reconnaître les compétences du président de l’ALESA ?
  • Les niveaux de compétences, les motivations et les centres d’intérêts sont repérés pour être valorisées, développés. Jusqu’où ? Inscription dans le bulletin scolaire ?
  • Mettre le jeune au centre : un acteur qui construit progressivement son autonomie, dans un dispositif lisible, flexible et négociable qu’il peut s’approprier.
Dans ces dynamiques nouvelles, la qualité de l’animation de l’équipe pédagogique qui accompagne la dynamique est essentiel : une personne identifiée assumant un rôle de chef de projet, des comptes rendus de réunions, des systèmes d’interaction avec l’équipe complète, la volonté de transmettre, partager, questionner, évaluer.

 


Présentation de quelques scénarios pour construire du temps, mis en œuvre dans certains établissements.

L’annualisation d’heures

Le principe : à l’emploi du temps classique, les élèves ont 3 heures hebdomadaires de telle matière

  • → on annualise 1 de ces heures.
  • → pendant les ¾ de l’année, les élèves ont 2 heures par semaine de la matière (au lieu de 3),
  • →puis lors des dernières semaines, ils auront 2 heures + 4 heures de cette matière. (dernières semaines, ou en milieu d’année, ou 1 semaine tous les X mois, ou… !!)

En annualisant de la même manière une autre (ou plusieurs !) matière, on peut équilibrer l’emploi du temps : pendant les ¾ de l’année, cette dernière dispenserait 2 heures par semaine (au lieu d’une), ou alternerait 2h/1h d’une semaine sur l’autre, ou ou ou …

Ces plages de temps différentes permettent d’envisager des activités ou modalités que le temps « normal » n’aurait pas permis : visites en entreprises, chantiers en extérieur, travaux tutorés de groupes sur projets, expérimentations, pédagogie différenciée, etc.

La globalisation d’heures  (par discipline) (sur un trimestre ou plus, ou moins)

Exemple : les élèves (2 classes de 34…) ont 4 heures hebdomadaires dans une discipline donnée, avec le même enseignant, qui doit donc 8 heures hebdomadaires. Il organise son enseignement en 3 types de séances :

  • 3 heures de cours (ou 2h + 1h) avec les 2 classes en amphi ! [Cours magistral = apport des connaissances par l’enseignant qui peut profiter des équipements audiovisuels permanents de l’amphi (projections courtes, visualisation permanente du plan du cours, internet, etc.)…]
  • 4 heures de TD d’une heure (4 fois demie-classe) : 17 élèves maxi. [Travaux dirigés = réinvestissement du cours par des exercices, participation orale active des élèves (objectifs méthodologiques, ou approfondissement.]
  • 1 heure de soutien ou approfondissement, avec un petit nombre d’élèves choisis par prof ; cette heure étant néanmoins à l’emploi du temps de tous les élèves. [Soutien ou approfondissement = résolution des problèmes rencontrés par certains (aspects méthodologiques précis, retours sur des bases insuffisantes, etc.)]

Le service de l’enseignant est bien de 8h, le temps élèves est de 3 + 1 [+1].

Si plusieurs professeurs sont dans cette disposition, ils peuvent parfois échanger leurs élèves (approches différentes pouvant mieux convenir à certains types d’élèves, meilleure maîtrise d’un concept au détriment d’un autre, plus à l’aise dans telle posture que dans telle autre, etc.)

La séance à 45 minutes

On ramène les séances de cours à 45 minutes (ou à un multiple de 45 minutes).

→ Pour chaque cours de 45’, les enseignants doivent « restituer » 10 minutes. Le temps à restituer par chaque enseignant est comptabilisé sur l’ensemble de l’année scolaire puis divisé en séances de 45’.

Une variable de ce dispositif : chaque discipline (ou les disciplines volontaires) sont prélevées de 10% de leur temps, qui est redistribué pour des temps ‘autres’ (voir expérience de Noirétable)

Appelons ces nouvelles « heures » des Séances à Choix Multiples, SCM (nom inventé par le lycée Sainte-Marie-du-Port aux Sables d’Olonne qui fut un des premiers à mettre en place ce système, en 2004 et toujours actif !)

→ Ces SCM sont placées dans l’emploi du temps des élèves,

  • à la fin de chaque journée de la semaine,
  • ou en alternance une semaine sur deux, ou ou ou …

→ Ces séances peuvent être disciplinaires ou pluridisciplinaires, prescrites ou soumises à l’inscription volontaire des élèves.

→ Elles peuvent porter sur :

  • du soutien, de l’accompagnement méthodologique (disciplinaires ou transversaux)
  • des activités en interdisciplinarité,
  • des rencontres avec des professionnels, des spécialistes, des acteurs du territoire (arts, citoyenneté, sécurité, média, …), etc.
  • des actions de production/création (démarches de projets),

Des effets observés :

  • ouvrir les élèves sur d’autres activités,
  • des rythmes plus adaptés à la capacité de concentration des élèves,
  • travailler avec des camarades d’autres classes/filières/voies de formation (= décloisonnement)
  • travail en équipes pluridisciplinaires

NB : Les contenus des conseils de classe peuvent être en partie repensés pour en sortir des constats et réfléchir aux remédiations via SCM, en concertation avec les délégués élèves.